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Pour mieux comprendre cet essai il est nécessaire de connaitre le parcourt de l'auteur, Vous devez donc lire ce qui suit avant l'aller plus loin. 


Je suis né le 24 octobre 1938 dans un petit village du Gers célèbre pour son armagnac ou mes parents étaient viticulteurs. Jusqu’à l’âge de dix, ans j’ai vécu dans cette localité. Fin 1948, consécutivement à des problèmes familiaux, mes parents quittèrent mon village natal pour habiter à une trentaine de kilomètres, toujours dans le Gers ou je poursuivis ma scolarité. Dans les années 1950, en milieu rural, l’idée générale répandue, mais également par nécessité économique, était de ne pas poursuivre d’études au-delà du CEP si l’on n’appartenait pas à une classe sociale favorisée. L’espace d’une courte période, l’idée de devenir prêtre m’effleura, il est vrai qu’à cette époque je fus très mystique. Je ne crois pas avoir réellement cru en Dieu, mais l’idée de pouvoir être utile aux autres en les écoutant et en les aidant psychologiquement m’enthousiasmai.

La situation sociale de mes parents se dégrada suite à des problèmes de santé de mon père. Il fut donc nécessaire que je trouve une solution. Je décidai donc de travailler et en parallèle de suivre des cours par correspondance pour acquérir le niveau BEPC. Simultanément toujours par correspondance je pris des cours de radioélectricité. (On ne disait pas encore couramment électronique.) À 17 ans j’obtins un diplôme sans grande valeur mais qui me permettait d’espérer l’obtention d’un emploi lucratif dans mon sud-ouest natal. Il n’en fut rien. Je décidai donc de tenter ma chance en région parisienne. En octobre 1956, je débarquai à Montrouge ou je fus embauché comme OS2 monteur câbleur dans une société de métrologie électronique. Très vite je rejoignis l’équipe de mise au point d’oscilloscopes et autres appareils de mesures. Durant cette période je continuai des études techniques en cours du soir. 1958 arriva et je dus quitter le monde du travail pour rejoindre l’armée. Je passai donc 27 mois et 28 jours sous les drapeaux 50% en France et 50% en Algérie.

Ce passage en Algérie fut pour moi une déchirure mais également une grande chance qui ébaucha l’homme que je devins dix ans plus tard. La déchirure, de voir un peuple se battre pour son indépendance et la France, patrie des droits de l’homme lui contester cette légitimité. Cette déchirure fut également provoquée par le peu de cas que firent les politiques du moment, de la vie de jeunes gens de vingt ans. Ces derniers n’avaient rien demandé et l’on exigea d’eux qu’ils acceptassent d’obéir sans discuter. Ma chance fut, à partir de ce moment, ma prise de conscience. En effet, à dater de ce jour, je compris qu’il fallait se battre contre les injustices d’ou quelles viennent. Lorsque je revins en France en février 1961 et jusqu’en mai 1968 ma vie fut faite de hauts et de bas avec la difficulté de trouver un équilibre, social, politique, affectif. Durant cette période antérieure à 1968, je n’eus de cesse d’apprendre, en essayant de comprendre le comportement des hommes mais également le mien. Je me plongeai avec acharnement dans la lecture des œuvres de Spinoza, Descartes, Freud, Jung et bien d’autres sans réellement trouver les raisons de mes angoisses. Je ne compris les raisons de mes troubles qu’en 1968. J’acceptai alors, que mon équilibre psychologique passa par un engagement politique et syndical. J’admis, à partir de ce jour, que je devais choisir mon camp et l’idée de classes sociales m’apparut comme une évidence. Mes lectures changèrent donc au bénéfice de Marx, Engels, Trotski etc..

Durant mon existence j’aurai donc eu trois vies. La première de 1938 à novembre 1958 ou je fus insouciant, estimant que l’homme et le système en place étaient parfaits, croyant en la religion qui fut la mienne, (le catholicisme) le tout enrobé par une idéologie politique plutôt ancrée à droite. Une deuxième vie de novembre 1958 à avril 1968 ou tout s’écroula. La religion qui continua comme si rien ne se passait en France et hors de France, les politiques qui demandèrent de réduire au silence des hommes épris de liberté en envoyant pour cette triste besogne des jeunes de vingt ans qui ne purent même pas contester. L’incorporation militaire étant à l’époque à 20 ans et la majorité civile à 21. Enfin une troisième vie de mai 1968 à ce jour.

Cette dernière période est pour moi la plus belle car durant celle ci, j’ai vécu libre. Libre de dire ce que je crois juste et contester ce que je crois être faux. Prendre des engagements politiques et syndicaux en oubliant le carcan des convenances et de la religion. Si je dois avoir des regrets, ils sont majoritairement condensés sur la période novembre 1958 à mai 1968. J’eus, me semble-t-il, durant cette période et à plusieurs reprises la possibilité de faire entendre ma différence mais je ne l’a saisis pas. Depuis, je pense sincèrement m'être rattrapé comme le prouve, je crois, ce qui suit, en ayant toujours à l’esprit la devise de Victor Hugo !

« Ceux qui luttent sont ceux qui vivent ! »